De son ouverture en 1832 à sa fermeture en 1937, Grosse-Île connue une
grande évolution et permis d'améliorer grandement les connaissances au
niveau des maladies infectieuses. Même après sa fermeture en 1937, elle
eue d'autres vocations. Après avoir été interdite au public pendant plus
de 150 ans, voici les grandes lignes de son histoire.
Lors de la fin
de la guerre de Napoléon en 1815, un grand nombre d'immigrants de
Grande-Bretagne et d'Irlande traversent l'océan Atlantique dans le but
de venir refaire leur vie en Amérique du Nord. La principale porte
d'entrée du Canada étant le Québec, un grand nombre d'immigrants
empruntent le fleuve Saint-Laurent afin d'y parvenir. Vers 1830, le
nombre d'immigrants était de 30 000 en moyenne par année. Pendant ce
temps, l'Europe est touchée par de grandes épidémies de choléra entre
autres. Le choléra était souvent transporter en Amérique du Nord par les
Irlandais qui se sont embarqués dans les ports anglais.
Les
autorités coloniales, voyant l'arrivée probable au Canada de ce fléau
décide de mettre sur pied une station de quarantaine. Pour ce faire, ils
ont choisis une île portant le nom de Grosse-Île. Étant située au
milieu du fleuve Saint-Laurent, au large de Montmagny et à 48 kilomètres
en aval de Québec, cette île était un endroit idéal pour cette station.
En étant située au milieu du fleuve, elle était à l'abri des regards en
plus de se trouver en plein trafic maritime. L'ouverture de la station
de quarantaine de Grosse-Île se fait en 1832. En prévision de l'épidémie
de choléra qui sévit dans les Île britanniques, un premier hôpital est
construit sur la Grosse-Île.
Tous les immigrants en provenance de
l'Europe doivent y séjourner avant de poursuivent leur route vers la
ville de Québec. Grosse-Île servait à soigner les malades et à garder
sous observation les gens en santé. Cette même année, trois canons
furent mis en place afin de rappeler aux navires l'arrêt obligatoire
devant la Grosse-Île. Au début, les canons se trouvaient sur une base de
bois, mais au début du XXe siècle, ils furent installés sur une
plate-forme de béton. Cette batterie de canons est un témoin du passé
qui permet de se souvenir que la station fut sous juridiction militaire
de 1832 à 1837. La période de quarantaine durait majoritairement de 5 à
15 jours et dès 1834, l'île doit faire face à une épidémie de Choléra.
La
plus terrible des épidémies à avoir eu lieu dans la station est sans
doute l'épidémie de Typhus (maladie infectieuse) de 1847. Due à une
terrible famine (famine de la pomme de terre) qui afflige l'Irlande,
environ 100 000 Irlandais se dirigent vers le Canada cette année là.
Plus de 5 500 Irlandais seront inhumés sur Grosse-Île en l'espace de 6
mois en 1847. Cela signifie entre 50 et 60 enterrements chaque jour. Les
autorités de l'île ont même dû aller chercher de la terre à Montmagny,
car il en manquait dans les cimetières de l'île. La croix celtique se
dressant sur l'île sert justement à commémorer cette terrible épidémie.
C'est à la suite de cette épidémie que Grosse-Île fut divisée en trois,
la section OUEST, CENTRE et EST. Dans la section OUEST se trouvait les
immigrants en bonne santé. La section du CENTRE était dédiée aux
employés de l'île et la section EST était dédiée aux immigrants malades,
c'était le secteur des hopitaux. C'est également suite à cette épidémie
que plusieurs bâtiments furent construits.
En 1854, une nouvelle
épidémie de choléra marque la fin de ces années d'épidémies virulentes.
Ces premières années d'existences étant gérées par les Britanniques, les
Canadiens n'avaient que très peu de droit de regard sur le
fonctionnement de l'immigration au Canada et de la quarantaine. Les
traversées de l'océan Atlantique se faisant à bord de voiliers
insalubres et surpeuplés, la principale cause de toutes ces épidémies
meurtrières était sans aucun doute l'ignorance générale du comportement
des maladies infectieuses. Les connaissances très limitées voir même
inexistantes des causes, des modes de propagations ainsi que des
traitements pour toutes ces maladies ne permettaient pas d'accueillir et
de gérer efficacement le grand nombre d'immigrants souvent malades
arrivant au Canada.
Devant toutes ces récentes catastrophes, le
Gouvernement canadien décida d'y aller de l'avant avec une nouvelle
politique en matière d'immigration. Le but était d'améliorer
l'efficacité du système de quarantaine. Ces changements commencèrent
dans les années 1850 et plus particulièrement en 1867 lors de la
Confédération. Un homme en particulier pris les choses en mains, ce fut
le surintendant médical de la station de 1869 à 1899. Cet homme se
nommait Frederick Montizambert et était spécialiste en bactériologie.
Motizambert s'assura de rendre les contrôles de santé toujours plus
efficaces et stricts. Pour ce faire, il instaura la vaccination des
immigrants sur l'île, les analyses en laboratoire ainsi que la
désinfection des bateaux, de leurs passagers et des bagages. Il s'assura
d'avoir sur l'île un parc immobilier complet et récent composé de
chapelles, d'hôpitaux, de logements pour les voyageurs, etc. Un hôpital
de briques ayant une capacité de 100 lits fut construit en 1881. En
1910, on construisit un autre hôpital près de celui construit en 1881.
Ce nouvel hôpital était dédié au traitement des personnes atteintes de
maladies contagieuses et avait une capacité de 250 lits. Ll'hôpital
construit en 1981 fut ravagé par un incendie en 1968.
Motizambert
avait réussi à améliorer grandement la santé publique ainsi que le
confort des immigrants. Dès la fin du siècle jusqu'à la Première Guerre
Mondiale, plusieurs infrastructures furent construites afin de facilité
le séjour et le confort des voyageurs. Il y eu, entre autres, la
construction d'hôtels pour les trois classes de voyageurs. Un hôtel de
deuxième classe fut construit en 1893. Grosse-Île était maintenant muni
d'un service très efficace et très bien équipé pour affronter les fléaux
futurs. Au début du siècle, l'immigration connu une forte hausse. À
Québec, le nombre d'immigrants passa de 100 000 en 1910 à 170 000 en
1912 et 225 000 en 1914.
En 1909, une croix celtique fût érigée en
l'honneur des victimes de l'épidémie de typhus de 1847. C'est une très
vieille société nationaliste irlandaise, portant le nom de "Ancient
Order of Hibernians" qui fit érigée cette croix qui mesure 15 mètres de
hauteur et qui est faite de pierres taillées provenant d'Irlande. Encore
aujourd'hui, chaque année cette société procède à un pèlerinage du
souvenir à la Grosse-Île au mois d'août.
En 1914, la construction
d'un hôpital moderne était sérieusement envisagée. Ce projet n'eut
jamais lieu, car le nombre d'immigrants chuta à cause de la Première
Guerre Mondiale qui fut suivie de la crise économique de 1929. En 1907,
l'hôpital du Parc Savard de Québec fut ouvert et capable de traiter les
cas de maladies infectieuses graves comme le typhus, le choléra, etc. À
partir de ce moment, Grosse-Île se mit à traiter de plus en plus de cas
d'infections mineures comme la rougeole et la varicelle. Ce genre de
maladies ne nécessitait pas de centre de quarantaine. De plus, les
connaissances médicales dans le domaine de la microbiologie et des
maladies contagieuses avaient fait de grand progrès. En 1919, dû aux
progrès dans les communications, une station marconi fut construite sur
l'île. Cette station permettait d'améliorer l'efficacité des opérations
quotidiennes en ayant de meilleures communications. De plus, cette
station permettait de faire le relais entre la station marconi de
Pointe-au-Père et celle de Québec.
La station de Grosse-Île fut fermée en 1937.
Après sa fermeture en 1937, Grosse-Île eu une vocation pour le
moins surprenante. En effet, elle devient sous le contrôle du ministère
de la défense nationale et sert de station expérimentale pour l'armée
durant la Deuxième Guerre Mondiale. Entre 1942 et 1956, l'armée
Canadienne en collaboration avec des chercheurs Américains y ouvre un
centre de recherche sur les maladies animales. C'est pendant cette
période qu'un vaccin contre la peste bovine y a été développé. Autre
fait intéressant, l'armée Canadienne en collaboration avec les
chercheurs Américains ont également procédés à des tests sur la guerre
bactériologique. Les étuves qui se trouvent dans le bâtiment de
désinfection servirent à faire la culture bactériologique de l'Anthrax.
Comme les recherches effectuées sur l'île par le département de la
défense nationale était hautement toxicologiques, personne à part les
travailleurs n'y aura accès.
Par la suite, Grosse-Île passe à la main d'Agriculture Canada et
on y installa une division de pathologie vétérinaire et un centre de
recherche vétérinaire international. Ensuite, l'île fut convertie en
station de quarantaine animale. C'est sur Grosse-Île que furent
construit les premiers laboratoires et étables à sécurité maximale.
Grosse-Île occupa la vocation de pathologie vétérinaire à partir de 1956
et celle de station de quarantaine animale à partir de 1965.
La
Corporation pour la mise en valeur de Grosse-Île est un oranisme qui fut
créé en 1984 afin de données une nouvelle vocation à l'île. Le site de
la Grosse-Île avait un potentiel touristique très intéressant et
celui-ci pouvait donner une nouvelle visibilité à l'archipel de
l'Isle-aux-grues.
L'île est depuis peu ouverte au public. En effet,
tous les bâtiments ont été décontaminés avant son ouverture en 1995.
C'est depuis cette année qu'il est possible d'aller visiter Grosse-Île
qui est reconnue comme lieu historique nationale depuis 1974. Le
ministère du Patrimoine canadien a investi une somme d'environ 10
millions pour la réfection de plusieurs bâtiments (dont le bâtiment de
désinfection) et du quai.